La Ronde Infinie des Obstinés

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27 mars 2009

La Ronde des Obstinés à Poitiers

L’université de Poitiers, en lutte depuis le 2 février, a commencé le mardi 24 mars une « ronde des obstinés » autour de la place d’Armes, tous les jours de 17 à 19 heures. Le gouvernement n’a apporté à ce jour aucune réponse suffisante. Rien, ni la pression historique de la rue, ni la longévité inédite du mouvement, ni les pétitions innombrables, ni les positions argumentées des plus hautes autorités scientifiques du pays, n’a convaincu une autorité enfermée dans ses certitudes et ses a priori.

Le démantèlement de la recherche publique reste d’actualité, et certains des plus gros laboratoires de Poitiers sont au premier plan de la mobilisation. La révolte des chercheurs, loin de s’essouffler, comme veut le faire croire une propagande gouvernementale, se radicalise à mesure que le temps passe. C’est ici l’avenir qui est en jeu, un avenir que nous voulons conforme à l’intérêt des citoyens, et non pas à celui de puissants lobbys financiers, économiques, industriels, qui orienteraient l’activité des chercheurs selon leurs intérêts à court et à moyen terme. La précarisation du statut des universitaires et des chercheurs, la fin d'une année rémunérée de formation en alternance pour les jeunes enseignants constituent également des régressions dramatiques pour l’avenir. Personne ne nie la nécessité de réformes, de la revalorisation de certains diplômes, de certaines filières. Mais prétendre le faire par des mesures dont la seule logique soit comptable est un scandale, un scandale déjà engagé dans l’enseignement primaire avec la suppression d’une matinée de travail par semaine, un scandale qui s’étendra à terme dans le secondaire et le supérieur

Les réformes en cours conduisent vers la mort progressive des petites et moyennes universités, à un système éducatif inégalitaire, à l’anglo-saxonne. Les « grandes » universités garderont les formations les plus qualifiantes, et leurs diplômes auront un prestige accru. Elles formeront des élites qui seront recrutées, d’emblée, sur des postes recherchés. Les autres, réduites au rang de « collèges universitaires », seront cantonnées à la licence et à des masters « parkings ». Pourtant, ce sont elles qui assurent le maillage du savoir, elles qui garantissent aujourd’hui tant bien que mal l’égalité des chances. Pourtant, elles prennent toute leur part à la recherche française, en alimentant un vivier suffisant pour que s’illustrent, ici ou là, de brillants chercheurs.

Ne retenir des sciences, de l’histoire, de la géographie, de la biologie, des lettres, des langues que des rudiments, c’est aller vers une société amnésique, irresponsable, incapable d’envisager d’autres aspects de la réalité que la rentabilité et la compétitivité.

Mais imaginons avec vous Poitiers dans quinze ans : Imaginons Poitiers comme une ville désormais « au passé », riche de ses monuments, de son histoire et de prestigieux fonds de bibliothèques devenus inutiles. L’université, transformée en un simple « collège universitaire », ne délivrerait plus qu’un enseignement de licence, aurait perdu de fait non seulement ses étudiants en master et ses doctorants, mais également nombre d’étudiants tentés de suivre une formation intégrale dans une université mieux située.

Imaginons les conséquences immédiates de cette situation sur l’économie locale, imaginons les conséquences immédiates sur la vie culturelle, et sur la vie de la ville. Le service public, et plus précisément le service public de qualité, est la garantie d’un socle puissant pour l’économie locale. Et il est important, aujourd’hui, face à une crise d’ampleur, de consolider ce socle car c’est autour de ces services que s’organise l’économie, et que se tresse le lien social.. Peut-on encore croire au « there is no such thing as society » (« la société, ça n’existe pas ») de Margaret Thatcher, vouloir appliquer aujourd’hui en France sa politique à l’heure où ce modèle farouchement individualiste montre crûment ses limites, et où nous protège encore un peu, de l’avis même de ceux qui le décriaient hier, « le modèle social français » ?

Aujourd’hui, accepter de subir la politique gouvernementale, c’est concrètement faire avorter l’avenir et oublier le passé.

 

Aujourd’hui, laisser faire ces réformes de la recherche et de l’enseignement, c’est petit à petit étouffer une économie, une nation, une histoire.

Aussi, pour affirmer nos valeurs et notre détermination, nous viendrons quotidiennement redire ici notre révolte obstinée. Entrez un soir dans notre ronde, pour une minute, pour une heure, et nous serons heureux de débattre de tout cela avec vous.

Université de Poitiers en lutte.

Pour vous inscrire : http://doodle.com/pmh4hsinvuuc7a7g

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