04 mai 2009
Mille et une heures
L'ULTIMATUM DES MILLE ET UNE HEURES
Depuis mille heures, nous tournons place de Grève, jour et nuit, comme nous
l’avions annoncé lorsque nous sommes venus y déposer notre ultimatum, le 16
mars.
Depuis mille heures, des enseignants chercheurs, des chercheurs, des personnels
biatoss, des étudiants, les IUFM, des artistes, des citoyens ayant à coeur de défendre
l’indépendance de la pensée, marchent jour et nuit pour manifester leur refus de la
LRU.
Depuis mille heures, ce sont plusieurs milliers de personnes qui se sont succédé en
place de grève, issues de toutes les universités d’Ile de France, et parfois même de
province, de toutes les disciplines. Des universitaires que la loi LRU voudrait placer
en concurrence les uns avec les autres témoignent, ici, de leur entière solidarité, de
cette idée d’une communauté que les tenants du marché ne sauraient ni admettre ni
peut-être même comprendre.
Depuis mille heures, nous avons défendu une idée de l’université ouverte sur
l’avenir, populaire, démocratique, tout entière vouée à sa mission qui est de former
des générations d’étudiants et de contribuer à la création de savoirs nouveaux.
Aujourd’hui, alors que la mille-et-unième heure vient de passer, force est de
constater que le gouvernement n’a rien voulu entendre de nos revendications. Il s’est
entêté à tenir une posture idéologique qui admet pour seul prédicat la rentabilité
immédiate, qui stigmatise le risque de la pensée comme un luxe inutile et toutes
libertés de recherche comme autant de privilèges. Aux négociations, ce
gouvernement a préféré s’en tenir à la menace et au mensonge.
Mais à trop vouloir affirmer que tous les problèmes sont résolus et que le mouvement
des universités s’essouffle, cette politique de communication a perdu toute crédibilité.
Et c’est ici la première victoire de notre ronde infinie des obstinés et du mouvement
universitaire. Depuis plus de mille heures, y ont tourné des universitaires dont
certains assumaient une grève totale de leur service enseignant, tandis que d’autres
substituaient aux cours habituels des séminaires de grève, et que d’autres encore,
en raison de la préparation de concours, apportaient à leurs étudiants la totalité des
enseignements dont ils pouvaient avoir besoin. Cette hétérogénéité n’a jamais
occasionné la moindre dissension parmi nous, et la ronde a permis à chacun de
marquer sa détermination, de s’inscrire dans un mouvement de résistance face à
une politique que tous condamnent avec la même fermeté.
La ronde infinie des obstinés, en convergence avec tous ceux qui luttent contre ces
décrets, témoigne de notre engagement à obtenir leur abrogation, et dès maintenant
à en refuser l’application. Les maquettes de mastérisation continueront de tourner
dans l’infini de notre refus et les modulations de service se dissoudront dans notre
commune obstination. Au silence des gouvernants, la ronde infinie des obstinés
oppose le flux permanent de nos paroles. Et sous chacune de ces paroles, c’est un
nouvel acte contre cette politique qui est inventé.
À travers ces mille heures de marche ininterrompue, c’est bien une résistance qui
s’est engagée. Et cette résistance s’exercera jusqu’à ce que le gouvernement
apporte des réponses à la mesure de la crise profonde qu’il a provoquée par la LRU,
et jusqu’à ce qu’il ouvre de véritables négociations.
Non seulement la ronde infinie des obstinés n’est pas prête de se dissoudre, mais
elle compte bien intensifier son action, se trouver de nouveaux terrains d’application
et de nouvelles déclinaisons temporelles de l’infini.
A l’issue de ces mille heures, c’est donc un second ultimatum que nous posons
aujourd’hui. Aucun des quatre points qui ont suscité notre présence place de grève
n’a reçu de réponse satisfaisante. La ronde infinie des obstinés tout au long du mois
de mai déclenchera donc autant de rondes intempestives que cela sera nécessaire,
à Paris comme en Province. Que nos ministres de tutelle le sachent, notre marche
lancinante et déterminée n’est pas prête de rompre. Elle entre dans une dynamique
centrifuge, elle réapparaîtra plus massive et intempestive et s’associera plus encore
aux autres secteurs en lutte.
Ainsi, si le 1er juin, aucune avancée significative de nos revendications n’est
constatée, la ronde infinie des obstinés s’invitera dans le débat des élections
européennes. De toutes les universités, nous convergerons vers un nouveau point
de ronde et nous reprendrons notre marche, jour et nuit, pour rappeler à l’opinion le
peu de cas que ce gouvernement fait de l’université et de notre avenir à tous.
Nous serons présents à cet appel car, tous, nous sommes intensément obstinés et
l’infini est de notre côté.
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*- Article du blog Sauvons l'école (source AFP) avec photos et vidéos ICI
*- Ronde infinie : 1001 heures obstinées
*- Sur le pavé, mille et une heure de lutte
Vidéo de Thierry Henno
*- Journal de Télématin (France 2)
Vidéo partagée par Sauvons l'école ICI
*- JT 13h de France 2 ICI : choisissez Lundi 4 mai, puis La Ronde des obstinés se poursuit
(c'est fou ce qu'ils s'inquiètent pour nos diplômes nos amis les médias... C'est tellement touchant, tant de sollicitude...)
*- Un documentaire en trois parties par Pablo Leiva
Commentaires
Triste fin
Article du Parisien.fr:
"Ils venaient de franchir le cap des 1000 heures de présence sur le parvis de l'hôtel-de-Ville à Paris. Universitaires, chercheurs ou enseignants qui tournaient en rond depuis le 23 mars ont finalement décidé de mettre fin lundi midi, à leur "Ronde infinie des obstinés" , une ronde qui aura finalement tourné pendant 1007 heures."
C'est dommage quand même.
Je repense à la peur exprimée par certains vendredi soir, que l'occupation de la mairie "fasse arrêter la ronde". J'ai alors suivi la ronde qui se déplaçait pour s'éloigner de "ces trucs autonomes"...
Je le regrette aujourd'hui, car ce qui était redouté était que les occupants cassent "votre sortie". J'aurais préféré que la police nous vire plutôt que cela.
...Des "rondes intempestives" en mai?
Toutes vos belles paroles ne pourront faire que c'est triste, en effet. Vous allez nous manquer. Nous nous étions habitués à cette présence furtive.
Quoi?
Je suis étonné que la ronde s'arrête...alors qu'il n'y a pas de plan B.
Expliquez.
Je me suis posé la même question que SloYvY, pourquoi arrêter la ronde ?
Comme il est dit il y a un nouvel ultimatum, mais il est pour le début du mois prochain..
Que fait-on entre temps ?
« Que fait-on entre temps ? » On pleure. Et on lance un regard plein de nostalgie vers le centre de la place où jadis tournait la Ronde, chaque fois que nos pas nous y conduisent.
Ce que je ne comprends pas, ce n'est pas tant la décision des organisateurs d'arrêter (décision qu'on devinait dès l'annonce de la fête des 1000 heures), que le fait qu'on les écoute. Qu'est-ce qui empêchait ceux qui désiraient continuer de le faire ?
À moins que tout le monde en ait eu marre, bien sûr.
On peut craindre que ceux qui auraient désobéi aux ordres se fussent fait dégager par M. le Préfet de Police, à la diligence de M. le Maire. Ces réflexions jettent une lumière nouvelle sur l'occupation de l'Hôtel de Ville, qui semble avoir été, au moins en partie, le fait de participants dissidents pourvus d'un regard perçant, et peut-être, dans certains cas, d'un bec crochu, tout comme elles éclairent cruellement l'accueil qui leur fut réservé par les initiateurs de la Ronde, qui continue de soulever une vive émotion parmi les participants.
"On pleure", mauvaise idée !
Autant rebondir sur nos deux pieds, et repartir de plus belle :-)
"obstinés" ou "balances" ?
La dénonciation par des membres de la ronde des "obstinés" de militants qui ont choisi le soir du 1er mai une autre forme d'action (qui ne s'opposaient pas à la leur) est dégueulasse.
C'est d'autant plus dégueulasse qu'on apprenait que la ronde s'arrête sans avoir rien obtenu, ce qui montre bien qu'une forme d'action molle, absolument pas dérangeante, à destination des médias avides de spectacle, n'a aucune chances d'obtenir quelque avancée que ce soit.
Je sais bien que tous les participants à la ronde des obstinés n'étaient pas d'accord avec les propos tenus à la presse pour condamner ceux qui ont occupé brièvement l'Hôtel de ville. Pourquoi alors laissent-ils des porte-parole auto-désignés parler en leur nom ?
Vous trouverez ici un texte qui remet les choses à leur place à propos de l'action en direction de l'Hôtel de ville :
http://universiteparis8engreve.fr/?q=Occupation+de+l+Hotel+de+ville+de+Paris
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